Ils sont deux

Mes chers lecteurs,  je me suis mise à écrire, pour la première fois, un récit en français! (Donc désolée pour les éventuelles erreurs). Pourquoi pas essayer de suivre le thème de ce concours pour en donner ma personnelle interprétation? Si quelqu’un veut se mettre dans la peau de « Salif »  ou d’une autre « Sol » et compléter l’histoire …

ILS SONT DEUX

Ils sont deux. Ce matin là les nuages se poursuivaient à la rapidité d’un film soumis à l’accélération. Mon cœur battait à la même allure. Tout d’un coup, en sortant de l’hôpital, je pensai : il y a trois cœurs qui battent maintenant. A la maison Salif  mit ses bras autour de mon corps et voilà qu’il y eut quatre battements. Ils sont deux, me répétai-je. Deux jumeaux. Dos gemelos!

On sait maintenant qu’ils seront un garçon et une fille. Un futur homme et une future femme, Dios Mio. Il y a quelque chose d’extraordinaire dans les propos que j’arrive à leur tenir. Ça m’étonne. Je suis malgré moi habituée à m’exprimer par images, telle une photographe. Pourtant, depuis que je connais leur sexe, une multitude de mots surgissent dans mon esprit. Je ne sais pas si j’ai déjà parlé comme ça à quelqu’un d’autre qu’eux, mais je ne le pense pas. Ça fait quelques jours que je pose ma main sur mon ventre en fermant les yeux d’extase.

A la fille j’ai tellement de chose à confier, tellement de conseils à donner ! Si elle me ressemble, elle aura un caractère têtu et sincère mais elle sera très impulsive et parfois un peu folle. Elle aura aussi les yeux un poquito bridés, les cheveux un poquito lisses et un teint pas trop foncé. Si elle prend du coté de Salif, son père, elle sera pleine d’humour et d’intelligence, mais elle sera aussi narcissique et coquine. Et elle aura de grands yeux noirs, des cheveux un poquito frisés et elle sera d’un chocolat un poquito au lait. Pour le garçon, j’espère seulement qu’il ne prenne pas ma taille, celle -comme dit Salif – d’un lutin de la forêt amazonienne.
Je suis de mère péruvienne et de père français. Je m’appelle Sol et ma première langue est l’espagnol. Désormais, avec le temps la langue française a envahi beaucoup plus d’espace dans mon expression, comme pour Salif avec la sienne, le Peul. Salif est né au Mali, mais à l’âge de trois ans il a déménagé avec toute sa famille  à Marseille. C’est à Paris, où j’ai passé toute ma vie et où nous vivons maintenant, que nous nous sommes rencontrés. Dans un supermarché, à la caisse ! Si, cuando hay que pagar ! Je m’étais aperçue que j’avais oublié mon portefeuille et il s’est proposé de payer pour moi. Au début j’ai refusé, mais après avoir croisé son regard, quelque chose m’a poussé à accepter.

Ils sont deux!
Ma chère fille, ne crois jamais à la faiblesse que certaines personnes vont t’attribuer. Tu as tous les moyens et toutes les forces nécessaires pour percer et exister.
N’aies pas peur des hommes et sois, au contraire, généreuse face à leur faiblesse de caractère.
Mon cher fils, ne sois pas lâche! Aies toujours le courage de tes actions et de tes choix.
Avoir ce monde patriarcal de son côté peut paraître parfois, effrayant : il y aura plein d’attentes sur toi, mais si tu assumes ce privilège que ce soit seulement pour le partager avec les femmes : sois honnête et doux avec elles, c’est la plus grande force d’un homme.

Mes chers enfants, je vous ferai naître dans un monde assez étrange, je l’admets. Mais votre père et moi nous n’avons pas mis notre rêve de vouloir changer certaines choses à l’ombre, non ! Nous le tenons devant nous : c’est même une bougie qu’on allume chaque matin au réveil.

Pour trois ans, outre qu’allumer cette bougie, chaque matin je faisais de la méditation. J’avais un petit autel et j’offrais à mi vida des fruits frais et des prières. Je voulais être bouddhiste. Je ne peux pas dire que je ne le suis plus car de temps en temps, surtout dans les périodes de stress, je retourne aux rituels. Le fait est qu’après le voyage avec Salif en Thaïlande, je me suis rendue compte que pratiquer cette philosophie (moi je ne la vis pas comme une religion tout court) dans un environnement français, où tout lui est contraire, est  pour moi trop difficile. Peut être aussi ne suis-je pas assez convaincue.
Salif dit que je suis une intégriste, que je veux tout ou rien.  Lui, il prend ce qu’il préfère de l’Islam que lui ont transmis ses parents et continue son existence en regardant droit devant lui.
Moi, par contre, souvent, je tourne le regard vers le catholicisme fervent de ma mère -duquel je me suis détachée dans le sang et la sueur-  à l’agnosticisme de mon père, à ma tentative de conversion au bouddhisme.

Niños, pour ce qui me concerne, je n’ai pas l’intention de vous diriger vers quelconque religion. Je me suis aperçue qu’une parole de trop peut être trop puissante dans l’imaginaire des enfants. De temps en temps voudriez-vous vous agenouiller devant une Croix, fêter le Sabbat, répéter le Nam-mihoko-renge-kyo ou orienter vos Sourates vers la Pierre Noire ? Vous serez libres de le faire. Ou peut être voudriez-vous découvrir les Traditions Pré-islamiques des pasteurs ancêtres de votre père, comme aussi le Culte du Soleil des Indios péruviens avant la conquête espagnole ? Vous seriez les bienvenus. Partout où je pourrai vous ouvrir la route, je le ferai.
Et si votre choix porte sur l’athéisme, je vous souhaite d’être guidés et soutenus par le plus Grand Espoir, car pour croire uniquement en l’homme il en faut beaucoup plus que pour toutes les religions du monde.

Et si vous arrivez à surmonter les égoïsmes humains, ces petits démons qui vont sûrement vous toucher du doigt : soyez contre tous les privilèges, les différences de classes, les abus de pouvoir!
Quand vous verrez le luxe d’un théâtre au tapis rouge engloutir, le soir, des centaines de personnes aux habits élégants, ne détournez pas votre regard des gens qui,  juste à côté, s’exercent dans un spectacle de rue. Moi et votre père nous ne l’avons jamais fait. C’est surtout eux qu’il faudra d’ailleurs regarder ! La calle, la calle…  car c’est dans la rue que l’art touche, fouette, enflamme !

J’ai fait lire à Salif ce que j’ai écrit jusqu’à maintenant . Il m’a dit que cela lui évoque un vieux prédicateur et qu’il n’est pas d’accord avec toutes mes idées. Ce n’est pas grave ! C’est ma lettre et j’ai encore des sentiments et des convictions qui poussent l’encre à sortir du stylo.

Ma chère fille, il y aura beaucoup de soirées pleines d’excitation, où la lune te donnera envie de prendre un autre chemin pour rentrer chez toi.  Suis tes rêves mais fais attention que l’ombre qui te suit soit toujours la tienne. Tu sola tu sola … Même dans les fêtes où tu porteras ton sourire, n’arrête pas de danser pour toi seule, surtout quand les yeux et les mains de quelqu’un se poseront sur tes souvenirs et tes projections futures.
J’aimerais te dire d’être confiante envers les hommes et les femmes que tu rencontreras, tout en gardant ton cœur pour toi, mais comment  oserais-je  ? Seule la vie pourra te l’apprendre. Je suis encore trop jeune pour te dire exactement comment je te souhaite d’être, pourtant l’existence de ma grand-mère a toujours questionné mon esprit et pourrait te faire réfléchir.  Cette femme, que je n’ai jamais connue, vivait dans un petit village péruvien, à 4000 mètre d’altitude, avec onze enfants, un mari toujours dans les montagnes, elle n’avait pas le temps de s’épanouir spirituellement. Pourtant elle était une espèce de personne intouchable, une île entourée par la mer en tempête, si difficile à rejoindre ! Elle gardait toujours une certaine sérénité et lucidité grâce auxquelles les événements de sa propre vie paraissaient la frôler sans qu’elle n’en soit touchée en profondeur. Elle faisait tout ce qu’elle avait à faire, supportant la fatigue, la mort de trois enfants, la maladie de son mari … qu’est-ce qui la traversait ? Personne ne l’a jamais su, ni même ses fils et ses filles. Niña, je ne te souhaite pas d’avoir une existence pareille, bien sûr ! Même si tu n’avais pas de famille, ou si tu projetais tes ambitions vers des lieux plus gratifiants pour te réaliser, j’espère que à un moment donné tu sauras être une île. Car il faudra survivre aux coups de vents, aux marées dangereuses. Sois une île qui, malgré tout ce qu’il y aura autour, sera capable de s’autoprocréer.

Et toi, mon cher fils, tu devras sûrement lutter pour te débarrasser de l’envie de suivre le groupe ; cette entité qui paraît une promesse, un nid protecteur. Tes amis seront importants, mon chéri, sì, los amigos son fundamentales, mais n’oublie pas que c’est ta singularité la vraie richesse. Tu solo, tu solo …

Nous te laisserons libre comme un oiseau qui apprend à voler. Le ciel et l’espace autour de toi seront ton abri le plus charmant. Nous serons une famille légère comme une plume, je te l’assure. Ton père a eu trop de pression pour te faire subir les mêmes chose (enfin, je l’espère!). Et sache qu’il ne faudra pas forcément migrer comme tous tes ancêtres, tes grand- parents, ton père. Oui, je sais que les nomades qui t’ont précédé, s’ils pouvaient être là, seraient en train de me faire signe de me taire comme si je parlais d’une vie dont j’ignorais le goût, mais je te le dis : si le voyage te donne du plaisir, fais-le, querido. J’espère, pourtant, que ce ne sera pas le besoin qui t’y obligera, afin que les lieux, les maisons et les amitiés que tu laisseras derrière toi soient des pertes volontaires. La soledad buscada, no sufrida. Le père de ton père a payé cher son choix forcé, il l’a payé de sa santé . Je me rappelle encore des regards qu’il nous lançait, ses derniers jours de vie. Dans un moment de prise de conscience il me chuchota dans l’oreille de ne jamais travailler. J’ai compris qu’il fallait faire raisonner ces trente-cinq ans en usine qui l’ont réduit à mourir à seulement 60 ans, pauvre et entouré d’enfants… Je lui ai donc consacré un reportage photo. Il vaudrait mieux, mon cher fils, ne pas te leurrer. Si tu peux, considère ton travail un petit moyen, à prendre avec les doses qu’il t’en faut (pas plus) pour ne pas te trouver dans l’indigence. Et quand on te demandera « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » ne t’identifie pas seulement avec l’activité qui te donne un salaire ! Il y a tant d’autres choses à répondre ! J’imagine donc pour toi un futur avec un sceptre royal entre tes mains, pour que tu sois le roi de ton existence. Jamais le patron de la vie d’un autre être humain, juste le roi de la tienne. Tu solo, tu solo…

Salif a dit, en lisant ces dernières lignes, que j’insiste un peu trop sur l’individualisme de nos futurs enfants. Tu solo, tu sola … il pense que je le répète trop de fois. Moi je crois qu’ils vont naître ensemble et qu’ils sont en train de partager le même espace, donc la conscience de se trouver toujours avec quelqu’un ne sera pas quelque chose à leur apprendre… Comment faire comprendre à Salif que je ne parle pas d’égoïsme mais d’introspection ? Qu’il s’agit du point de départ pour pouvoir vivre en harmonie avec les autres ? En fait, je pense seulement  que : qui s’est choisi, qui a pris conscience de sa propre individualité, peut s’ouvrir au partage et à l’empathie envers les autres.

Niños, Niños…
L’histoire de l’humanité avant vous est assez lourde pour vous effrayer très rapidement. Il faudra donc avoir du courage et le lancer devant vous afin qu’il trace votre Chemin … Et il sera une route prête à se charger de tout ce qu’il l’ a précédé : le passé de la France, du Pérou, du Mali – pour commencer. Pourquoi pas du Brésil, du Maroc ou des États Unis ? Tout simplement pour pouvoir vous défendre. Vous ne pourrez pas vous en passer, mes petits. Et même quand vous essayerez de prendre un air détaché vis à vis de tous ces choix d’injustice humaine qui ont empoisonné le passé, la société actuelle vous balancera en plein visage ce que vous ne voudriez pas voir, savoir, concevoir ! L’actualité, révélatrice du passé vous donnera envie de vous poser plein de questions. Il faudra donc anticiper ce moment d’air glacé en vous habillant avec les réponses que vous aurez cueillies un peu partout. Le froid des insultes racistes et des allusions discriminatoires se trouveront face à vos habits de connaissance, ces vêtements chauds et protecteurs.

Salif, ce critique littéraire qui s’invente, a une énième remarque à m’adresser. Il dit qu’il faut que j’arrête d’être dramatique car quand les petits auront l’âge de lire cette lettre, ils me regarderont comme une mère trop grave et pessimiste. C’est ça qui me plaît chez Salif. Même si je ne vais jamais le lui confier, le fait qu’il soit aussi différent de moi m’apaise énormément. Notre histoire d’amour n’est pas conventionnelle : elle est née avec beaucoup de légèreté et sans regard projeté vers un quelconque futur, elle est devenue de plus en plus importante englobant nos existences et ce tout en douceur.  Je disais donc que normalement c’est lui, qui a souffert de centaines de blagues sur ses origines et de difficultés pour être embauché dans certains endroits, qui devrait être plus révolté face à cette France ambiguë. Mais non, au final c’est moi, qui suis juste un peu typée, qui se charge des conseils à donner à notre future génération. Peut être ai-je toujours eu conscience que si je ressemblais à mi madre j’allais être traitée différemment. Ou peut-être que je souffre simplement encore plus des injustices quand elles ne me concernent pas directement.
Par exemple, quand avec Salif nous étions ensemble à la recherche d’un logement, j’allais aux rendez-vous avec les agences déjà déguisée en guerrière. Déjà prête à me fâcher dès que quelque commentaire paraissait prendre une tournure vaguement stéréotypée ou dès que les garanties se multipliaient juste parce que mon copain arrivait après moi et qu’il était noir. Salif disait alors, en rigolant, de me calmer. Mais je suis sure qu’au fond de lui il pensait la même chose que moi. C’est juste qu’il affronte les situations avec beaucoup plus de self-contrôle ! Il dit, en effet, que moi, j’ai le sang chaud des Latinos. C’est vrais que je suis  comme l’eau bouillante et que Salif est un homme, au contraire, équilibré. Pourtant il sait très bien que je n’ai jamais cru aux pouvoirs du sang, aux tempéraments et aux passions qui lui sont attribués.
C’est la proximité à mi madre avec tous ce que j’ai respiré depuis mon enfance qui m’a conditionnée. Si j’avais été adoptée et avais grandi dans une famille chinoise, mon caractère serait encore autre. Pourtant le sang resterait le même.

Mes enfants, je vous le dis : méfiez vous de toutes les populations qui utilisent souvent les mots « notre sang », parce que les complots et les meurtres sont juste derrière la porte, prêts à détruire tout désir d’égalité et de partage. Les hommes et les femmes qui agissent au nom du sang ont oublié, pendant leur luttes économiques cachés sous le masque assassin de l’identité, qu’il n’y a qu’un seul sang, comme il n’y a qu’une seule terre. Une terre qui est en train de mourir pendant qu’elle crie: « Je suis à tout le monde ! Sauvez moi ! Sauvez Vous !! ».

Salif est arrivé et après avoir lu cette dernière ligne il m’a regardé un peu découragé et il a dit que vu que je rentre dans mon cinquième mois de grossesse il faudrait commencer à choisir les noms des petits au lieu de me faire absorber par mes fantômes. Je lui ai répondu qu’on pourrait faire les deux choses à la fois, mais que je ne veux surtout pas renoncer à mettre noir sur blanc mes souhaits car mes enfants auront besoin d’une maman aux idées claires…
« Sol ! Mes enfants … Mes enfants.. » a dit Salif. « Dernièrement tu ne fais que répéter ce mot … Rappelle toi ce que disait le poète Kalil Gibran … Vos enfants ne sont pas vos enfants… »
« Ils sont les fils et les filles de l’appel de la vie à elle-même. Ils viennent à travers vous mais non de vous. » J’ai complété la phrase. Nous nous sommes souris.
Pour cette raison, même si los niños sont en ce moment la chaire de ma chaire, encrées dans mes profondeurs, la lettre que je voudrais leur dédiée est la même que j’adresserai à n’importe quel homme et quelle femme de ce nouveau siècle.
Salif est sorti de la chambre en disant qu’il reviendra dans 5 minutes, le temps de finaliser le site pour un client. Il m’a crié du salon qu’il va écrire lui aussi une lettre, mais bien différente de la mienne. Il dit que j’ai oublié toutes les belles choses à leur partager : la musique, les livres, la danse, les sports, tout ce qu’il y a de magnifique qui les a précédés et qui les attend. C’est vrai, je n’ai pas encore parlé des arcs-en-ciel que, parmi les paysages admirés, nous avons trouvé pour eux.
Je suis convaincue que quand Salif me rejoindra et se retrouvera étalé, comme une étoile, sur le lit que nous partageons, il sera vaguement étourdi. Ils sont deux ! Pensera-t-il. Deux jumeaux, un garçon et une fille !
Leur vies seront tellement différentes l’une de l’autre et par rapport à la notre que j’imagine Salif prendre ma feuille, l’arracher en mille morceaux et laisser que les conseils se mélangent pour être cueillis par un être humain quelconque.  Oui, je le sais, les temps ne semblent pas encore mûrs mais je parle du jour (demain?) où : homme, femme, blanc, noire,

seront simplement des belles,
harmonieuses et
égales
différences.

7 Responses to “Ils sont deux”

  1. Alice dit :

    Un récit très émouvant, je suis très touchée par cette phrase : « Même dans les fêtes où tu porteras ton sourire, n’arrête pas de danser pour toi seule, surtout quand les yeux et les mains de quelqu’un se poseront sur tes souvenirs et tes projections futures. » Si essentiel et si dur à atteindre…

  2. Jimmy Justine dit :

    J’aime beaucoup, surtout la profondeur des pensées et des réflexions de Sol, comme se passage :
    « Les hommes et les femmes qui agissent au nom du sang ont oublié, pendant leur luttes économiques cachés sous le masque assassin de l’identité, qu’il n’y a qu’un seul sang, comme il n’y a qu’une seule terre. Une terre qui est en train de mourir pendant qu’elle crie: « Je suis à tout le monde ! Sauvez moi ! Sauvez Vous !! ». »

    Il n’y a qu’une seule race humaine! Merci de nous le rappeler si merveilleusement, malgré le crie de douleur de notre terre mère!

  3. Michel Edgar dit :

    Mon avis rejoint les commentaires précédents.

    « homme, femme, blanc, noire,

    seront simplement des belles,
    harmonieuses et
    égales
    différences. »

    Cette fin me laisse un peu sur ma faim, parce qu’elle me semble en décalage avec l’ouverture au commun, au mystère du reste du récit. Elle peut donner l’impression de parler de différences essentialistes, qu’il y aurait quelque chose d’essentiel qui sépare les femmes des hommes ou les blancs des noirs. Personnellement j’aurais peut-être été plus réceptif à une fin du genre:

    « homme, femme, blanc, noire,

    seront simplement des beaux œufs,
    avec
    une surprise
    à l’intérieur. »

  4. Aminata dit :

    Cher Michel Edgar,
    L’effet d’ essentialisme dont tu parles était très loin de mes intentions. En réalité, comme on peut l’imaginer en lisant le reste du récit, je ne partage absolument pas cette idée, bien que les personnages soient eux aussi prisonniers de certains stéréotypes. Je peux par contre dire que, malheureusement pour nous, des livres comme « Peau noire, masques blancs » ou « Le deuxième sexe » sont encore d’actualité dans pas mal d’endroits au monde et en Europe aussi. Frantz Fanon et Simone de Beauvoir étaient contre l’essentialisme (qui sociologiquement mène rapidement au racisme) et il fondèrent leur analyse des injustices et des complexes au sujet des Noirs et des femmes dans une approche existentialiste, se concentrant sur leur « être dans le monde », c’est-à-dire sur les circonstances historiques qui suscitent des rapports de subordination. Bien sûr, l’aspect physique a un rôle important dans les constructions symboliques, c’est justement ça qu’il ne faudrait pas oublier dans le projet d’une société égalitaire où ces symboles disparaîtraient : voilà pourquoi je parle de différences. C’est ce genre de pensées qui m’a inspirée pour les dernières lignes… mais j’aime beaucoup ta fin « oeuf-surprise » !
    Aminata

  5. Vladimir dit :

    Les félicitations de la part d’un prof de français ébloui^^ Bravo a te, molto dotata i sensibila

  6. Michel Edgar dit :

    Chère Aminata,
    Je te remercie pour ta réponse et comprends mieux désormais la fin de ton texte, ton positionnement. Peut-être il y a un « effet Internet » lié à mon commentaire initial – de lire sur Internet peut peut-être parfois avoir l’effet de ne pas prendre suffisamment de temps pour « digérer » le texte, il me semble que j’aurais pu attendre un peu plus avant d’écrire mon commentaire. En tout cas, maintenant, je trouve que la fin colle très bien avec le reste du texte. Je pense que mon commentaire était aussi marqué par le fait que l’essentialisme, et donc la possibilité que quelque chose soit interprété comme essentialiste, est une question sensible pour moi – mais c’est quand même important de ne pas être y être sensible au point de voir de l’essentialisme partout !
    Donc, très belle cette fin, d’autant plus parce qu’elle n’a pas peur du regard essentialiste, le défie en quelque sorte – une fin courageuse !
    Michel

  7. jamila dit :

    « Et si votre choix porte sur l’athéisme, je vous souhaite d’être guidés et soutenus par le plus Grand Espoir, car pour croire uniquement en l’homme il en faut beaucoup plus que pour toutes les religions du monde. »

    Mais quelle douce et violente vérité!

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